Le créateur de Phonebloks n’aime pas le nouvel Ara de Google

Par Samir Azzemou

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Dave Hakkens, le créateur originel du projet Phonebloks qui a donné lieu à différentes initiatives, notamment Ara, n’a pas aimé toutes les nouveautés présentées il y a deux semaines par Google ATAP. Notamment la régression dans la modularité et la prise de contrôle totale sur l’écosystème.

Dave Hakkens est certainement l’un des principaux visionnaires de la téléphonie modulaire. Créateur originel du projet Phonebloks, il a largement contribué à l’émergence de nombreux projets de téléphones adaptables et évolutifs. Sur la page Internet de son projet, il en cite une demi douzaine parmi lesquels Eco-Mobius de ZTE, Magic Cube de Xiaomi, PuzzlePhone (projet Kickstarter qui devrait être livré en septembre prochain), Fairphone 2 et même, dans une certaine mesure le G5 de LG. Il y a aussi, naturellement le projet Ara, anciennement chez Motorola, puis chez Google.

Google Ara

Le projet Ara, jusque très récemment, était le plus ambitieux et aussi le plus supporté par Phonebloks. Car le cahier des charges présentait toutes les caractéristiques de Phonebloks : un smartphone entièrement modulaire autour d’un châssis. Tous les composants étaient interchangeables : mémoire, batterie, écran, chipset, capteur photo, webcam, capteurs environnementaux, modem, etc. L’intérêt : changer de module au lieu de changer de téléphone. Ce qui coute relativement moins cher et présente moins de gaspillage.

Un projet moins modulaire que promis...

Mais, depuis le Google I/O 2015, ATAP n’a pas présenté de nouveaux prototypes, mais a communiqué sur un retard de la commercialisation, prévue initialement l’été dernier à Porto Rico pour une phase de test. Au Google I/O 2016, ATAP a dévoilé le nouveau visage de son projet. Un mobile moins modulaire, mais pas forcément dans le mauvais sens du terme. Cependant, ces changements, aussi bien technologiques que stratégiques, n’ont pas forcément enthousiasmé le designer néerlandais. Dans une lettre ouverte, publiée sur son blog, Dave Hakkens a émis quelques réserves vis-à-vis de trois points du nouvel Ara.

Le premier point est le recul dans la modularité. Avant, le châssis ne disposait d’aucun élément technologique (outre ce qui gérait les liaisons entre les modules). Aujourd’hui, le châssis est presque un téléphone à part entière : écran, chipset, RAM, batterie, les antennes, la webcam et les capteurs environnementaux sont inamovibles. À l’arrière, ce sont 4 à 8 emplacements disponibles qui apparaissent pour des modules additionnels. Mémoire, capteur photo, scanner, haut-parleur, module de santé, écran secondaire e-ink, etc. Le designer explique que si l’écran casse, il faut changer le châssis. Et donc pratiquement tout le smartphone. Cela va à l’encontre du projet initial.

... mais aussi moins ouvert qu'espéré

Le second point est le design. Et, franchement, tous les points de vue se défendent. Reste à savoir si le côté bariolé des nombreux blocs à l’arrière trouvera preneur (ou si les fabricants de modules auront la présence d’esprit d’en créer habillés de plusieurs couleurs). Le troisième point concerne l’implication de Google dans le processus de validation des composants. Une validation obligatoire, car les modules sont reconnus par le gestionnaire intégré à Android, appelé Greybus, par des codes de certification. Sans ces codes, le module ne fonctionne pas.

Selon Dave Hakkens, il y a deux problèmes moraux. D’abord, l’écosystème ne devrait pas faire l’objet d’une telle certification, mais d’une simple validation de compatibilité, offrant à tous les moyens d’enrichir librement l’écosystème à partir d’un standard ouvert. Ensuite, Google ne devrait pas être en mesure de changer unilatéralement les règles du jeu. Et pourtant, c’est le cas. Ce qui met évidemment en péril la compatibilité de tous les modules précédemment développés. C'est est également contre-productif vis-à-vis du projet initial : développer un téléphone durable. Dans un premier temps, Google n’aurait aucun intérêt à cela. Mais qui sait quels seront les objectifs de la firme dans deux, cinq ou dix ans ? Voilà une question qui reste, elle aussi, ouverte...

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