Jusqu’ici, c’était le processeur et l’écran qui coûtaient le plus cher dans un smartphone mais la donne a changé. Carl Pei, fondateur de la marque Nothing affirme que la RAM et le stockage peuvent à présent représenter plus de 50% du coût matériel d’un appareil, en particulier sur les modèles qui visent des capacités élevées.
Selon lui, cette bascule remet en cause sérieusement en cause la possibilité d’améliorer les fiches techniques à génération égale sans augmenter les prix.
Pour illustrer son propos, le CEO s’appuie sur le Nothing Phone (4a), un modèle de milieu de gamme présenté comme abordable par la marque. Selon Pei, le coût de la mémoire de ce smartphone a doublé entre le moment où Nothing a décidé de lancer le projet et sa commercialisation, avant de doubler une nouvelle fois dans les trois mois ayant suivi l’annonce. Autrement dit, cela signifie que la mémoire de ce téléphone coûte aujourd’hui environ quatre fois plus cher qu’au démarrage du projet.

Nothing Phone (4a)
Sur un marché où de nombreux modèles proposent désormais 8 à 12 Go de RAM, voire davantage, et 256 à 512 Go de stockage, cette inflation se répercute rapidement sur le coût de fabrication.
Selon le fabricant, il y a un vrai dilemme pour les marques. En effet, soit elles répercutent ces hausses sur le prix final des smartphones, soit elles revoient leurs ambitions techniques à la baisse. Là où les générations précédentes augmentaient régulièrement la quantité de mémoire à tarif inchangé, certains constructeurs pourraient désormais être tentés de fixer, voire de réduire, la quantité de RAM ou de choisir des solutions de stockage plus anciennes pour maintenir le prix de vente.
On connaît les responsables
La hausse des prix de la mémoire n’est pas un phénomène isolé au secteur des smartphones. Divers instituts et observateurs évoquent une pénurie mondiale de puces mémoire, en particulier de DRAM et de NAND, liée à l’essor rapide des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Les principaux fabricants de mémoire redirigeraient une part croissante de leur capacité vers des produits plus sophistiqués et plus rentables, comme la mémoire à haute bande passante pour accélérateurs IA ou les modules DDR5 pour serveurs, et ce, au détriment des puces utilisées dans les smartphones et autres appareils grand public.
IDC prévoit par exemple une croissance de l’offre de DRAM d’environ 16% en 2026, et d’environ 17% pour la NAND, des niveaux inférieurs aux moyennes historiques. Dans le même temps, certains rapports évoquent des hausses de prix de l’ordre de 50% sur la fin de l’année 2025, suivies de nouvelles augmentations pouvant approcher 70% en 2026 sur certains segments, voire des hausses beaucoup plus marquées sur le marché pour certains types de mémoire.
Selon le fabricant Nothing, cette tension devrait se prolonger au moins jusqu’en 2027. Certains fabricants s’orientent vers de nouvelles capacités de production mais qui n’arriveront pas à produire d’effets significatifs avant 2028. On rappelle enfin que cette situation ne concerne pas uniquement les smartphones car les PC, consoles de jeu, SSD et autres équipements numériques voient eux aussi les coûts de leurs composants mémoire augmenter.