Qualcomm / Broadcom : le législateur américain s’en mêle (déjà)

Par Samir Azzemou

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Le comité américain en charge des investissements étrangers a annoncé un audit sur les négociations qui ont lieu entre Qualcomm et Broadcom en vue d’un rapprochement entre les deux sociétés. Une décision rare qui entraine un report de l’assemblée générale des actionnaires.

Comme nous le pensions dès les premiers épisodes de la saga qui se joue entre Qualcomm et Broadcom, même si le patron de ce dernier, Hock Tan, parvient à racheter le fondeur de San Diego (de gré ou de force), la décision ne lui appartient pas entièrement. Car Qualcomm est presque considéré comme un trésor national par le gouvernement américain. Et voir une société asiatique (même si Broadcom est né aux US, son pavillon est aujourd’hui singapourien) reprendre la firme qui est le fer de lance du déploiement des réseaux 5G (avec Nokia) aux États-Unis, ça ne colle pas vraiment avec les déclarations récentes de l’Administration du président Donald Trump.

Un audit du rachat avant signature

Ainsi, le CFIUS, acronyme de Committee of Foreign Investment in the United States (comité des investissements étrangers aux États-Unis en bon français), a annoncé vouloir étudier la proposition de rachat de Qualcomm par Broadcom dans ses moindres détails. Une décision assez rare : le CFIUS prend généralement position après signature d'un accord entre les deux parties. Cela a eu pour effet immédiat de reporter l’assemblée générale annuelle des actionnaires de Qualcomm, une réunion sous haute tension pour les principaux protagonistes. En effet, les actionnaires doivent voter pour les membres du conseil d’administration.

Qualcomm

Parmi les candidats se trouvent d’une part Paul Jacobs et son équipe et d’autre part six représentants de Hock Tan pour 11 places à pourvoir. Et selon la majorité qui en ressortira, cela faciliterait, ou non, la fusion des deux géants du composant électronique (dans la mesure où un conseil à majorité Broadcom pourra valider la proposition de rachat sans avoir à s'assoir à nouveau à la table des négociations). La nouvelle date est le 5 avril 2018. Et à l’issue du report de 30 jours, un avis sera certainement émis par le comité. Un avis qui pourrait avoir un impact sur le vote, dans la mesure où les actionnaires qui ont déjà voté (par Internet ou par voie postale) auront la possibilité de changer leur choix.

Tactique de conservation

Le but de la manœuvre est simple : bloquer la signature d’un éventuel accord, lequel devient de moins en moins hypothétique à mesure que les négociations avancent entre les deux entreprises. Rappelons en effet que Broadcom et Qualcomm se sont rencontrés à plusieurs reprises (au moins deux fois en février) afin de discuter des termes, financiers et non financiers, d’un éventuel mariage. Mariage à trois d’ailleurs, puisque l’accord de rachat de la firme néerlandaise NXP par Qualcomm a été validé. Et, évidemment, Qualcomm + NXP + Broadcom = nouvel acteur majeur au niveau mondial.

Et qui dit acteur majeur dit aussi risque de situation monopolistique (ou ultra dominante), notamment dans le domaine. Ce qui sous-entend que certaines parties de l’ensemble pourraient être vendues afin de respecter certaines règles sur la libre concurrence. Selon l’agence de presse Reuters, qui cite une source anonyme au sein du gouvernement américain, il y a un risque que Hock Tan vende des parties de Qualcomm à des industriels chinois. Des parties qui pourraient être stratégiques pour les États-Unis.

Un dossier très (trop) sensible

Une éventualité qui n’est pas prise à la légère. Car Qualcomm est très fortement impliqué dans le déploiement des réseaux 5G aux États-Unis. Non seulement le fondeur américain est l’une des seules (sinon la seule) à être en mesure de concurrencer Huawei dans ce domaine (un détail ô combien important), mais l’usage de ces réseaux 5G touche aussi des applications sensibles, dont militaires. Dans le pire des scénarios, Broadcom découperait Qualcomm en petit bout, vendrait tout ou partie de l’activité 5G, rendant inexistante la concurrence face à Huawei. Ce qui forcerait les opérateurs américains à se servir en Chine. Nous comprenons mieux pourquoi le discours est aussi véhément du côté américain vis-à-vis de la firme de Richard Yu. Ce n’est évidemment pas le Mate 10 Pro le problème

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