Apple Music rémunèrera les artistes même sur la période d’essai

Par Samir Azzemou

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En fin de semaine dernière, Apple a perdu une bataille symbolique et a cédé face à l’artiste Taylor Swift. Grâce à elle, les artistes recevront des royalties pour chaque chanson diffusée, même pendant les périodes d’essai.

Quand Apple lance un service musical, cela prend tout de suite une ampleur considérable, simplement parce que le nombre d’utilisateurs d’iTunes, d’iPhone et d’iPad s’estime en centaine de millions de personnes. Or, cela n’a pas empêché une artiste de tourner le dos à Apple Music. Et pas n’importe laquelle : Taylor Swift, l’actuelle princesse de la pop au 5 millions d’albums vendus depuis son lancement en novembre dernier. Porte-étendard non pas des maisons de disque, mais des artistes indépendants, elle a obligé Apple a revenir sur l’une des clauses phares du contrat d’exploitation des catalogues musicaux sur Apple Music : celle de la rémunération des artistes lors des périodes dites d’essai.

Apple Music

Travailler sans être payé ? Non !

Faisons un léger retour en arrière pour bien comprendre. Quand elle a dévoilé Apple Music lors de la WWDC qui s’est déroulée en début de mois de juin, la firme de Cupertino s’attendait évidemment à un accueil chaleureux de la part des fans, des marchés financiers, mais aussi du monde artistique dans la mesure où l’un de ses créateurs, Jimmy Iovine, est un ardent défenseur de la musique payante. Seulement, selon les termes de l’accord passé entre les maisons de disque et Apple, les artistes sont rémunérés lors de sessions d’écoute payantes. Dans le cas contraire, Apple ne reverse rien.

Cela veut dire que les artistes ne touchent rien durant les trois mois d’essai à son service de streaming musical. Ce qui ne plait pas à l’artiste qui a refusé de confier son album phare, 1989, malgré certainement des tractations de la part d’Apple et de Jimmy Iovine pour la ramener dans le « droit chemin ». L’information a été révélée vendredi dernier. Rappelons qu’elle a également retiré ce même album de Spotify pour des raisons similaires (Taylor Swift souhaitait que son album ne soit accessible qu’aux abonnés payants, ce que Spotify refusait de faire).

Une lettre ouverte sous forme de pétition

Cela aurait pu s’arrêter là. Mais non. Hier, Taylor Swift a publié une lettre ouverte sur son profil Tumblr afin d’expliquer son geste, tout en réaffirmant tout son respect pour Apple et sa mission de monétisation de la consommation musicale sur Internet. Compte tenu du succès de son album et de ses concerts, elle affirme que ce combat n’est pas tant le sien que celui des nouveaux artistes qui lanceront leurs premiers singles et qui n’auront aucune rémunération pour leur travail pour l’équivalent de trois mois.

De même pour les paroliers, les producteurs et les compositeurs qui vivent de ces royalties : « c’est injuste de demander à quelqu’un de travailler pour rien », ajoute-t-elle. Même si nous serions tentés de penser que tout cela est de la fausse philanthropie, nous devons admettre que les arguments sont clairement valables. Elle conclut sa lettre par une phrase pleine de bon sens : « Nous ne vous demandons pas d’iPhone gratuit. S’il vous plait, ne nous demandez pas de vous fournir notre musique sans aucune compensation ».

Quelles conséquences sur les contrats déjà signés ?

Quelques heures plus tard, la réponse d’Apple tombe. Eddy Cue, le patron des services grand public chez Apple, dont iTunes et Apple Music, publie sur Twitter trois messages. Le premier réaffirme que la firme s’assurera toujours que les artistes soient payés pour leur travail. Le second annonce que les artistes recevront des royalties pour chaque chanson diffusée, même pendant les périodes d’essai. Le troisième est un appel du pied à Taylor Swift pour qu’elle rejoigne enfin le mouvement. Dans une interview à l’agence de presse américaine Associated Press, Eddy Cue a expliqué que la lettre de l’artiste l’a amené à penser qu’un changement était nécessaire.

Apple a donc cédé. Mais est-ce vraiment une défaite, ou un retournement stratégique pour finalement avoir le beau rôle auprès des artistes et des consommateurs ? Il reste également trois autres questions sans réponse. D’abord, quel sera le montant que paiera Apple pour les chansons que la firme ne monétise pas ? Ensuite, quelle sera l’incidence de cette décision sur le prix de l’abonnement ou les pourcentages reversés aux artistes négociés précédemment ? Et enfin, Taylor Swift rejoindra-t-elle effectivement le mouvement, ce qui pourrait créer un élan considérable d’adhésion à Apple Music ? Réponses, certainement dans les prochaines semaines.

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