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Google fera appel de la décision de la Commission européenne

Par Samir Azzemou

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Suite à la décision de la Commission européenne de sanctionner Google pour « pratiques anticoncurrentielles » vis-à-vis d’Android, Chrome et Search, la firme de Mountain View affirme qu’elle fera appel et explique son point de vue.

Sundar Pichai, le patron de Google, a rapidement répondu aux conclusions de l’enquête menée par la Commission européenne que nous avons relayées dans nos colonnes cette semaine. Le patron s’est fendu d’un message expliquant le rôle de Google avec Android, les décisions que la firme a prises pour que l’OS devienne accessible au plus grand nombre et l’écosystème que ce même OS a créé (sans parler des emplois). Et naturellement, la firme fera appel.

Google

Dans son message, publié sur le blog de la firme et envoyé à toutes les rédactions par voie de communiqué de presse, il explique l’engagement et l’impact d’Android sur la démocratisation des médias numériques partout dans le monde. Et c’est vrai : si Apple a ouvert la voie avec l’iPhone en 2007, c’est Android qui a su faire du smartphone la porte d’entrée quotidienne des consommateurs à l’information grâce à un éventail de produit qui couvre tous les segments, même les niches, de l’ultra low-cost à 60 euros au très haut de gamme à 1200 euros.

Android a démocratisé l'Internet mobile

Google rappelle qu’Android anime 24 000 appareils connectés chez 1300 marques, que les usagers ont téléchargé 94 milliards d’applications en 2017 avec une moyenne de 50 applications par utilisateurs. Et ce sont 1,6 million de développeurs européens qui vivent de cet écosystème. La firme explique aussi que cela prend 30 secondes à un utilisateur Android pour « supprimer » Chrome, aller sur le Play Store et le remplacer par un autre navigateur. La version Android d’UC Browser, un navigateur d’origine chinoise et financée par Alibaba, a été téléchargée 500 millions de fois. Les versions Android de Firefox et Opera Mini ont été installées plus de 100 millions de fois chacune.

Google explique aussi qu’Android est fourni gratuitement aux constructeurs de téléphones. En contre-partie, la firme, qui ne doit payer ses employés, propose une série d'applications (Gmail, Maps, Play, etc.) qui rapportent des revenus à Google quand ils sont préinstallés et quand ils sont utilisés. Selon Sundar Pichain, personne n’est obligé de les préinstaller. Les constructeurs peuvent même en installer d'autres, dont des concurrents (le Honor 8 Pro par exemple est livré avec Chrome et Opera préinstallés et tous les mobiles Samsung inclut un navigateur créé par la firme en plus de Chrome). Personne n'est obligé non plus d'utiliser Android tel quel. Chacun peut développer sa propre version customisée à partir d'AOSP, comme Amazon avec Fire OS. Enfin, Google rappelle qu’Android n’est pas le seul sur le marché et qu’iOS est son plus gros concurrent. Un concurrent qui se porte bien puisque la firme de Cupertino amasse l’essentiel de la profitabilité du marché de la téléphonie et qu’elle est la première valorisation boursière mondiale.

Amende record (pour la seconde fois)

Ce long commentaire de Sundar Pichai suit l’officialisation des conclusions de l’enquête menée par la Commission européenne depuis deux ans. Selon elles, Google s’est rendu coupable de pratiques anticoncurrentielles en forçant l’inclusion systématique de Chrome et de Search dans tout smartphone certifié (et compatible) Google Play. Une pratique qui aurait nui au bon développement d’une concurrence formée d’une part par les adversaires de Search et Chrome (Bing, Firefox, Opera, etc.) et d’autre part par les branches alternatives d’AOSP, comme les ROM customisées (Amazon Fire OS, Cyanogen OS, etc.).

Cette enquête se conclut par une nouvelle amende record pour Google de 4,3 milliards d’euros (la seconde après celle de 2016). Au-delà de l’aspect financier, la Commission européenne met en demeure Google : la firme doit changer ses pratiques commerciales dans les 90 jours, sinon le montant de l’amende augmentera. Et c’est certainement cette mise en demeure que Google craint le plus (et pas forcément l’amende en elle-même), car si Search et Chrome disparaissent des versions préinstallées d’Android (nous parlons de 80 à 85 % des smartphones dans le monde, lesquels génèrent 55 % du trafic Internet mondial), qui sait quel impact cela aura sur les revenus publicitaires de la firme.

Il ne répond pas à la question !

Pour terminer cet article, nous avons un commentaire sur cette réponse. Et nous avons choisi de placer ce commentaire à la fin pour ne pas parasiter le message de Google ou de la Commission européenne. Le commentaire, c’est celui-ci : avez-vous remarqué que Google ne répond pas vraiment aux accusations de la Commission européenne ? Celle-ci ne remet pas en cause l’importance d’Android dans l’écosystème numérique mondial, bien au contraire. Et l’accusation ne porte pas sur Android, mais sur les conditions imposées par Google, selon l’enquête, pour qu’un téléphone soit compatible avec le Play Store. Car, qu’est-ce qu’un smartphone sous Android sans le Play Store ? Un four commercial (le Fire Phone est bien placé pour le savoir).

Oui, tout un chacun est en mesure de développer une branche d’Android. Mais Amazon le premier a dû développer sa propre boutique d’applications pour contourner l’impossibilité d’accéder officiellement au Play Store. Souvenez-vous de Meizu : le MX3, sous FlymeOS, est arrivé officiellement en France sans le Play Store préinstallé. Il fallait aller chercher une archive APK et l'installer à la main. En outre, Google démontre bien, dans sa publication, qu’il est possible d’enlever Chrome de l’écran d’accueil du mobile. Mais en aucun cas, l'utilisateur peut la supprimer (ou la désinstaller) complètement : on ne peut que la désactiver (c’est-à-dire la cacher dans un recoin).

C'est facile de remplacer Chrome, mais personne le fait !

Et quand bien même il est facile de remplacer Chrome (ce qui n’est pas forcément vrai pour Search), combien d’utilisateurs le font vraiment ? 94 milliards d’applications téléchargées l’année dernière avec une moyenne de 50 applications par usager, ça fait 1,88 milliard d’utilisateurs uniques. À la louche, un utilisateur sur 10 a donc téléchargé Opera Mini ou Firefox sur son appareil Android. Cela veut dire que les habitués d’un navigateur vont en télécharger un autre (comme les propriétaires d’iPhone installent Chrome sous iOS). Mais les autres vont rester avec Chrome. D’autant que ce n’est pas le prochain milliard d’utilisateurs qui va changer cette proportion.

Sans vouloir prendre parti (car nous sommes tous utilisateurs des services Google à la rédaction et d'Android), il nous parait quand même curieux que tous les constructeurs de smartphones avec Google Play préinstallé, petits ou grands, Chinois, Coréen, Français ou Américain, préinstallent Chrome, Search et Google Play Suite, et les placent sur l'écran d'accueil de l'interface Android. Ce n'est pas une coïncidence. Ce n'est pas une coïncidence non plus que certaines de ces applications ne puissent pas être désinstallées complètement du système Android.

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