Qualcomm empêcherait-il vraiment Samsung de vendre des Exynos ?

Par Samir Azzemou

qualcomm

Samsung ne vend que très peu d’Exynos aux constructeurs de smartphones. Selon la presse coréenne, la faute n’en reviendrait pas aux équipes commerciales du géant, mais à un abus de position de dominante de la part de Qualcomm. Explications.

Samsung est une entreprise complexe : elle est autant une concurrente qu’un fournisseur aux yeux des fabricants de smartphones. D’un côté, elle fournit des capteurs photo, des barrettes de mémoire (RAM ou stockage), des écrans, es batteries ou encore des chipsets. Dans ce dernier domaine, rares sont les entreprises, autres que Samsung, à utiliser ces composants. Nous connaissons Meizu... et puis voilà. Cela fait peu.

Qualcomm

Boudé par les concurrents ?...

Nous nous sommes toujours demandés pourquoi. Car, en contrôlant ses propres fonderies, Samsung est en mesure de proposer des technologies très intéressantes. La gravure en 16, puis en 10 nm FinFET par exemple pour des chipsets de moins en moins gourmands en énergie. Le dernier modèle en date, l’Exynos 8890 est un modèle du genre : il est tout aussi performant que le Snapdragon 820 selon nos tests techniques. Pourquoi est-il donc boudé ?

Nous pensions au départ que la raison était commerciale : pourquoi un adversaire de Samsung sur les étals des boutiques irait-il enrichir l’une des filiales du géant coréen ? Notamment quand cet adversaire est positionné sur les segments les plus lucratifs, le milieu de gamme premium et le haut de gamme... Cela n’aurait évidemment aucun sens. Et pourtant, l’excellence de Samsung dans la conception de composant est reconnue, notamment dans la mémoire vive ou encore dans les écrans OLED (lesquels remportent de plus en plus de succès). Et nous notons chaque trimestre que l’activité se porte plutôt bien.

... Ou bridé par un fournisseur ?

Une autre explication est avancée par la presse coréenne. Selon le Korea Economic Daily, Samsung aurait signé un accord de licence avec Qualcomm lui bloquant la possibilité de commercialiser ses chipsets Exynos, mais aussi ses modems. Pourquoi la firme aurait-elle signé cela ? Parce que Qualcomm est propriétaire des fameux brevets standards fondamentaux qui sont utilisés dans tous les chipsets avec une connexion cellulaire (3G ou 4G). Selon le quotidien économique, Qualcomm serait propriétaire des brevets depuis 25 ans, lui offrant une place stratégique (et une position dominante de fait).

L’existence de cet accord aurait été révélée dans un rapport de la KFTC, la commission coréenne chargée des échanges commerciaux. C’est cette même commission qui a poursuivi Qualcomm en Justice en 2015 pour abus de position dominante vis-à-vis de ces mêmes brevets. À l’époque, tous les soupçons sur la provenance de cette plainte pointaient vers Samsung. Aujourd’hui, cela semble être une évidence. Rappelons que Qualcomm a fait appel de cette décision.

Quelle sortie possible ?

Le dossier est épineux, car les relations entre Qualcomm et Samsung sont complexes. Samsung produit les Snapdragon 820, 821 et 835. Qualcomm fournit Samsung en chipsets pour le marché américain (ce qui génère quelques tensions sur l’approvisionnement). Et Samsung voudrait bien que ses Exynos animent davantage de smartphones que les siens (même si cela correspond à 30 % du marché mondial en 2016). La conclusion de cette histoire aura certainement quelques répercussions. Bref, les relations entre Qualcomm et Samsung ressemblent beaucoup à celles d’Apple et Samsung. Il est visiblement difficile d’être leader mondial...

Contactés par Qualcomm, nous avons reçu une déclaration officielle qui dément l'existence d'une telle clause dans le contrat avec Samsung. Voici l'intégralité du texte : « Qualcomm ne s’est jamais opposé à la vente de chipsets Samsung auprès de fabricants tiers et aucune clause dans nos accords n’empêche Samsung de le faire. Toute déclaration qui affirme le contraire est fausse ».

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