Samsung pourrait-il vraiment être intéressé par BlackBerry ?

Par Samir Azzemou

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Selon l’agence de presse Reuters, Samsung aurait récemment été en discussion avec BlackBerry pour racheter le constructeur canadien. Le montant de l’opération était évalué à 7,5 milliards de dollars, une somme largement supérieure à celle de Nokia. BlackBerry dément.

Si nous avions dû parier sur un constructeur potentiellement intéressant pour Samsung, nous n’aurions pas choisi BlackBerry. Nous aurions plutôt orienté notre choix sur un constructeur asiatique, comme le Coréen Pantech ou un Chinois tel que Meizu ou Oppo. Et pourtant, selon l’agence de presse Reuters, le leader mondial de la téléphonie aurait fait une proposition au Canadien. Suite à la publication de l’article de Reuters, BlackBerry a officiellement démenti cette information, mais l’agence de presse étant une source sérieuse, son article mérite évidemment que nous nous attardions dessus.

Une opération bien pensée

D’abord quels sont les faits ? Selon Reuters, les dirigeants de Samsung et BlackBerry, certainement J.K. Shin et John Chen, se seraient rencontrés la semaine dernière afin d’initier des discussions et étudier les finances d’une possible fusion. Samsung aurait alors fait une proposition d’un montant compris entre 6 et 7,5 milliards de dollars, soit une surcote de 38 % à 60 % au-dessus de la valorisation boursière de la firme de Waterloo. Un investissement plus important que celui de Microsoft dans Nokia et à la hauteur de l’ambition de Samsung : puisqu’il perd des parts de marché en téléphonie grand public, son prochain levier de croissance sera le monde des entreprises où BlackBerry est particulièrement présent. De plus, les deux entreprises ont signé un partenariat autour de BES et Knox en novembre dernier. Les relations existent donc déjà.

BlackBerry plus difficile à croquer

Seulement, John Chen a particulièrement bien fait son boulot depuis qu’il a repris les rênes de BlackBerry en fin d’année 2013. Un an après sa nomination, il a assaini la structure, signé un partenariat avec Foxconn et développé deux smartphones qui font le buzz : le Passport et le Classic, dont nous avons publié des tests ces dernières semaines. Et il réinvestit, ce qui n’était pas arrivé avant. Ce qui revalorise beaucoup BlackBerry. Le conseil d’administration de BlackBerry aurait rejeté cette offre parce qu’elle est sous-évaluée vis-à-vis du potentiel actuel de BlackBerry. Et les actionnaires auraient plus à gagner en refusant.

Bien sûr, BlackBerry est en progression, elle dispose d’un portfolio de 44 000 brevets (valorisé 1,43 milliard de dollars) et le marché B-to-B a toujours attiré Samsung (d’où l’existence à l’origine de la gamme Galaxy Note). Ces deux raisons suffisent donc à justifier le rachat de l’entreprise canadienne. Or, l’acquisition ne serait pas chose aisée à boucler. Et Samsung aurait dû négocier avec l’administration de deux pays.

Des actifs gouvernementaux sensibles 

D’abord, le gouvernement canadien a son mot à dire, comme lors de la proposition rejetée de Lenovo. Et celui-ci se sent concerné par les emplois et la création de valeur sur son sol. Ensuite, Samsung aurait dû défendre cette fusion devant les autorités américaines, notamment le Comité des investissements étrangers. BlackBerry est fortement implanté dans les agences gouvernementales locales, et ce rachat aurait soulevé des questions de sécurité. Il est donc possible que le Canada et les États-Unis refusent.

Reuters explique qu’il aurait pu être question d’un rachat partiel, laissant une partie du capital coté à la bourse canadienne, afin de rassurer les deux gouvernements, notamment canadien. Cependant, les documents découverts par Reuters expliquent que la stratégie de Samsung pour BlackBerry aurait été freinée. Ce qui aurait été contre-productif. C’était donc tout ou rien.

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