promo red by sfr

Spotify accuse Apple de pratique anticoncurrentielle

Par Samir Azzemou

spotify

En juin, Apple a rejeté une mise à jour de l’application iOS de Spotify. Depuis, le torchon brule entre les deux entreprises. Le service suédois accuse même la firme de Cupertino de pratique anticoncurrentielle et en appelle même au Sénat américain.

En contrôlant tout l’écosystème associé à son smartphone (système d’exploitation, téléphone mobile, boutique applicative), Apple facilite la mise en place de nombreux processus et uniformise l’expérience des utilisateurs finaux. Mais le revers de la médaille est le blocage intentionnel ou non de la concurrence. Car l’activité d’Apple, comme Google, Samsung ou Microsoft, n’est pas simplement de vendre des téléphones et de mettre à jour leur système d’exploitation. Le business modèle de la firme de Cupertino s’appuie sur deux piliers : les produits hardware et les services. Parmi les plus rentables se trouvent l’App Store et iTunes, ce dernier se faisant rattraper progressivement par un nouveau venu, Apple Music.

Spotify

Les règles, c'est les règles !

Dans ces conditions, il parait presque évident qu’Apple souhaite faciliter l’accès à ses propres services plutôt qu’à ceux des autres. Dans la musique, par exemple, iTunes est le seul service commercial musical préinstallé (sans compter Apple Music depuis l’année dernière). Dans les applications, seules les archives installées depuis l’App Store sont autorisées (sur un iPhone qui n’est pas jailbreaké). Et ce ne sont que deux exemples parmi d’autres. En arrière-plan, pour les développeurs, la situation est similaire : sur certains points, seuls les outils autorisés sont acceptés.

C’est le cas du système de paiement intégré à une application : il n’est pas possible de régler un achat intégré ou un abonnement sans iTunes. En revanche, hors de l’application (sur le Web par exemple), le développeur est libre de ses choix. Et c’est un détail important. Car Apple touche une commission de 30 % sur l’ensemble des paiements effectués via iTunes. C’est ce qui a amené Spotify, par exemple, à augmenter le prix de son abonnement si celui-ci passe par iTunes. Les abonnés qui ne souhaitent pas payer plus cher doivent se rendre sur le portail Web du service, s’y abonner et se reconnecter à leur compte sur l’application.

Mise à jour déboutée

Jusque-là, rien de bien méchant. Mais c’était avant. En juin dernier, Spotify, toujours lui, a soumis une mise à jour de son application à Apple qui l’a rejeté. Motif : elle contrevient aux règles sur la commercialisation intégrée. Spotify semble avoir tenté de promouvoir un système de paiement alternatif dans son application pour payer l’abonnement premium, contournant alors les règles édictées par Apple. Ce qui n’est évidemment pas autorisé. C’est alors que le Suédois a eu la moutarde qui lui monte au nez.

Selon Re/code, le service de streaming a alors envoyé une lettre à Apple, avec copie au Sénat américain, où il accuse Apple de pratique anticoncurrentielle dont les consommateurs finaux pâtissent. Le rejet de cette mise à jour contreviendrait selon Spotify aux règles commerciales sur la libre concurrence aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. Et surtout, selon Spotify, ces règles n’ont pour but que de favoriser Apple Music.

Langue de bois de part et d'autre

Dans cette lettre, il y a, selon nous, certainement autant de vrai que de faux. D’abord, le vrai. Oui, Apple, sous couvert de protéger les consommateurs, tente de favoriser ses propres services, quitte à interdire parfois les concurrents dans son écosystème. Ce n’est pas nouveau, autant être lucide. Cela a commencé avec iTunes. Et cela continuera visiblement avec Apple Music. Oui, Apple ne permet pas d’introduire ou de promouvoir un autre système de paiement que la plate-forme iTunes. Ca aussi, ce n’est pas nouveau. Cela existe depuis 2011. Soit avant l’arrivée de Spotify.

Ensuite le faux. Non, l’interdiction de promouvoir un autre système de paiement à l’intérieur d’une application n’a certainement rien à voir avec Spotify. Apple souhaite simplement ne pas voir les 30 % de sa commission (et bientôt 30 % la première année d’abonnement, 15 % les suivantes) lui échapper. Que ce soit pour payer de la musique, s’abonner à un service de rencontre où s’abonner à un magazine. D’autant, encore une fois, que cette règle existe depuis plusieurs années et que la majorité des créateurs d’applications et de services mobiles ont été obligés de les accepter (après avoir haussé le ton au lancement de l’App Store).

La carte politique

Cependant, il y a une différence entre le débat d’hier et l’invective d’aujourd’hui. Il y a des élections présidentielles outre-Atlantique. Si les deux candidats à la Maison Blanche se sont exprimés sur leurs idées à propos d’Apple, de Google et du numérique, certains membres du congrès et du sénat ont publiquement critiqué les agissements des géants du Net, comme Google, Amazon et Apple. Et dans son combat contre Apple Music, Spotify semble bien vouloir jouer la carte de la politique afin de freiner la formidable progression d’Apple dans le secteur du streaming. Ce dernier a dépassé les 15 millions d’abonnés payants. Spotify en a deux fois plus.

Partagez cet article

  • LinkedIn

Touchez pour ajouter le site à vos favoris ou sur votre écran d’accueil.

close