Et si Motorola avait racheté Huawei ?

Par Samir Azzemou

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Dans un article du Financial Times, nous apprenons que Motorola était en discussion en 2003 pour le rachat de Huawei. Une opportunité que Motorola a finalement abandonnée parce que le prix était alors jugé trop élevé.

Il y a un peu plus de quinze ans, en 2003, le visage de la téléphonie mondiale était bien différent. Nokia était le leader mondial. Alcatel, Siemens, Ericsson étaient des acteurs incontournables. On ne parlait pas encore de smartphone, mais de PDA Phone. C’était encore le temps où Windows CE animait la plupart des téléphones les plus intelligents. Nous étions encore loin d’iOS ou d’Android. À cette époque, Motorola n’avait pas encore connu son incroyable succès mondial avec le Razr. Et Huawei était encore un acteur en devenir, principalement axé sur le matériel pour les réseaux mobiles.

Alliance au grès des vagues

Nous sommes donc en 2003. Et sur une plage chinoise, trois hommes d’affaires discutent au grès des vagues, une histoire que nous raconte le Financial Times à qui nous devons la photographie qui accompagne cet article. À gauche, c’est Ren Zhengfei, vénérable fondateur de Huawei. À droite, c’est Larry Cheng, le patron de l’époque de l’activité chinoise de Huawei. Et au centre, c’est Mike Zafirovski. Il est alors le directeur général de Motorola. Que fabrique le patron de Motorola au milieu de deux dirigeants de Huawei ? On discute de la possibilité d’un rapprochement.

Huawei et Motorola

Récemment, Mike Zafirovski a appris l’existence de Huawei, une entreprise qui, à l’époque, ne conçoit que du matériel pour les opérateurs, une activité qui intéresse beaucoup le dirigeant américain, car il souhaite se renforcer sur ce segment. Huawei ne fabrique pas encore de téléphones. Ce n’est que plus tard que Huawei (comme à ZTE) offrira des services de production en marque blanche avant de lancer sa propre marque.

Trop cher pour ce que c'est !

Ren Zhengfei, qui n’a pas encore reçu le soutien gouvernemental chinois, accepte cette alliance. Les trois hommes d’affaires tombent d’accord sur un prix : 7,5 milliards de dollars. Ils signent même une lettre d’intention. L’année suivante, Mike Zafirovski brigue le poste de PDG de Motorola. Le conseil d’administration lui préfère Edward Zander. Il démissionne un an plus tard et partira définitivement de la firme en mai 2005, laissant l’accord de rachat de Huawei en suspens. Quand la nouvelle direction de Motorola apprend l’existence de cet accord, elle décide d’y opposer, estimant que Huawei ne vaut pas ce prix.

Motorola connaitra deux grands succès commerciaux par la suite : les Razr (vendus à plus de 130 millions d’exemplaires) et les Droid, qui ont largement contribué à la démocratisation d’Android aux États-Unis. Cependant, 8 ans après avoir failli devenir propriétaire de Huawei, Motorola cède son indépendance à Google pour 12,5 milliards de dollars qui revend finalement Motorola à Lenovo, un autre groupe chinois. Parallèlement, Huawei n’a fait que progresser pour devenir numéro 2 mondial (et peut-être numéro dans les 24 prochains mois), arrivant au chiffre d’affaires de 108,5 milliards de dollars en 2018. Soit 14 fois la valeur offerte en 2003.

Un manque de discernement

Avec le recul, il paraît évident que Motorola a manqué de discernement. Toutefois, cette alliance n’aurait pas forcément amené au géant que Huawei est aujourd’hui. Un dirigeant de Motorola, cité dans le quotidien américain, confit qu’il ne sait pas si Huawei aurait pu sauver Motorola ou si Motorola n’aurait pas entrainé Huawei avec lui. Une réflexion qui n’est pas sans fondement aux vues des performances de Motorola au sein de Lenovo.

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