Qualcomm sera-t-il à nouveau condamné pour abus de position dominante ?

Par Samir Azzemou

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Au-delà des performances de ces chipsets, Qualcomm est parvenu à s’imposer sur le marché de la téléphonie grâce à une offre cohérente et variée. Mais selon la Commission européenne, le fondeur aurait usé de manoeuvres moins glorieuses. Explications.

Plus rien ne va dans la maison Qualcomm. L’année a été particulièrement compliquée pour le fondeur de San Diego. Du côté des produits, le Snapdragon 810 a fait l’objet d’une longue campagne de « bad buzz », commencée dès le mois de janvier avec les premiers tests du LG G Flex 2 et du HTC One M9. Et même si l’entreprise a annoncé en mars dernier son remplaçant, le Snapdragon 820, ce dernier tarde à arriver. Un retard dans les plannings qui a obligé certains constructeurs soit à choisir le 808/810 pour équiper leurs mobiles de fin d’année (Nexus, LG, Sony), soit à reporter les lancements commerciaux au début de l’année prochaine (Xiaomi notamment).

Qualcomm

Sur le plan juridique, c’est aussi très compliqué. En début d’année, la commission chinoise dédiée au commerce condamnait Qualcomm pour ventes liées (jugement assorti d’une amende de 1 milliard de dollars environ). Cette affaire en a entraîné d’autres, en Corée, aux États-Unis ou en Europe. Et même l’Inde pourrait instruire une enquête contre le fondeur. Mais si Qualcomm a joué profil bas en Chine, l’attitude de l’entreprise est tout autre en Corée. L’entreprise a déjà promis de contester l'amende qui pourrait lui être imposée pour pratique anticoncurrentielle et abus de position dominante.

Versements illicites et ventes à perte

Ce qu’elle fera d’ailleurs aussi en Europe, information confirmée par communiqué de presse par l’intéressé. Cette semaine, la Commission européenne a rendu deux avis négatifs suite à son enquête en cours depuis l’été. Le premier avis concerne le versement dès 2011 de sommes d’argent à un important fabricant pour que ce dernier utilise exclusivement ses chipsets. Évidemment, tout le monde se demande qui est cet « important constructeur », car Qualcomm n’a pas signé beaucoup de contrats exclusifs avec des constructeurs.

Ou plutôt, nous ne connaissons plus beaucoup de constructeurs qui utilisent encore aujourd’hui exclusivement des chipsets Qualcomm. Ce n’est pas Samsung, LG, Xiaomi, Huawei, HTC, Sony, ZTE ou encore Micromax. Pour être vraiment honnêtes, nous n’en connaissons que trois (mais vous êtes invités à alimenter le débat dans les commentaires) : Microsoft, Motorola et BlackBerry. Le premier a signé avec le fondeur une exclusivité pour l’ensemble de l’écosystème Windows Phone, ce qui n’était d’ailleurs pas du goût de tout le monde à l’époque. Les deux autres n’ont pas sorti un seul téléphone cette année sans chipset Qualcomm. 

Le second avis négatif concerne la vente à perte de certains chipsets pour bloquer commercialement certains concurrents. Le nom d’Icera, une ancienne filiale de nVidia qui a dû fermer ses portes cet été et licencier 500 personnes, est cité dans le rapport de la Commission européenne. Deux clients auraient profité de ces ventes à perte. Il est assez simple de se faire une idée sur l’identité de ces constructeurs, les clients de nVidia sur la gamme Tegra ayant fondu comme peau de chagrin depuis deux ans.

N'est-ce qu'un prélude ?

Qualcomm a désormais plusieurs mois pour préparer sa défense. L’enjeu est évidemment de taille, puisque l’amende peut s’élever jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires annuel sur le sol européen. Si Qualcomm est à nouveau condamné, cela pourrait avoir une incidence sur d’autres organismes, en Inde et aux États-Unis. Un effet boule de neige que le fondeur ne souhaite évidemment pas. Mais après le positionnement de la Chine, de la Corée et de l’Europe, difficile d’imaginer que les autres marchés resteront de marbre, au moins publiquement. Et ce n'est pas tout : quelles seront ensuite les relations commerciales entre Qualcomm et les constructeurs une fois cette vague passée ?

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